Le boeuf muet de dieu : Saint Thomas d’aquin - article 01
Saint Thomas d’Aquin est un théologien.
La théologie est la science de Dieu et du divin. Le mot vient de la contraction de theós (Dieu) et lógos (le discours, le langage en tant qu’instrument de la raison).
Saint Thomas d’Aquin naît vers 1225 en Italie et meurt en 1274. Il est canonisé en 1323.
Encore jeune garçon, de 1230 à 1239, il est oblat à l’abbaye bénédictine du Mont-Cassin, dans la commune de Cassino, en Italie. Être oblat consiste à vivre à l’image des moines, au sein des monastères, en partageant leur vie spirituelle et en vivant sous leur Règle, sans toutefois prononcer de vœux : ce sont donc des laïcs. Saint Thomas, qui restera neuf ans dans ce monastère, y apprend à lire et à écrire, ainsi que les bases du latin, et y reçoit un catéchisme solide.
Ayant rejoint l’ordre des Dominicains en 1244, à l’âge de 19 ans, il va à l’encontre des souhaits de sa famille. En réaction, sa mère le fait retenir prisonnier au domicile familial pendant un an. Pour nuire à sa réputation et l’empêcher de retourner chez les Dominicains, ses frères le firent enfermer dans l’une des tours de la résidence familiale avec une prostituée.
Saint Thomas, pour se défendre, saisit alors un tison encore rouge dans la cheminée et traça avec celui-ci une croix devant la prostituée afin de l’empêcher d’avancer. Il tomba ensuite à genoux, priant pour renouveler son vœu de chasteté. La prostituée fut contrainte de partir, et Thomas fut finalement libéré de la tour où il était retenu.
Suite à ces événements, et face à sa détermination inébranlable, sa famille finit par le laisser réintégrer l’ordre des Dominicains.
Il est ensuite étudiant à l’Université de Paris de 1245 à 1248, puis suit son maître Albert le Grand (article à venir) à Cologne jusqu’en 1252.
Une anecdote célèbre date de cette période. Saint Thomas, bien fait de sa personne, grand et robuste — la tradition lui attribue une stature très imposante — était surnommé par les autres étudiants « le bœuf muet ». En effet, Thomas parlait peu : il dialoguait surtout avec le Seigneur. Taciturne, il ne prenait la parole que lorsque cela était nécessaire.
Un jour, son maître Albert le Grand répondit à ce surnom en disant :
« On le traite de bœuf muet. Eh bien, le mugissement de ce bœuf muet sera si puissant que les siècles en résonneront. »
Saint Thomas est ordonné prêtre en 1257. Son œuvre la plus connue est la Somme théologique. Il s’agit d’un exposé systématique, rationnel et pédagogique de la foi chrétienne.
La méthode de saint Thomas y est toujours la même : une question est posée, suivie d’objections ; vient ensuite une réponse doctrinale, avant que les objections ne soient réfutées une à une.
La Somme théologique comprend 378 traités, 631 questions, environ 3 000 articles, ainsi que près de 10 000 objections et leurs réponses. Elle se présente aujourd’hui en cinq volumes et fut écrite entre 1266 et 1273. On peut estimer qu’à l’époque, l’œuvre complète, rédigée sur parchemin et reliée en plusieurs volumes, devait probablement peser entre 50 et 60 kilogrammes.
Malgré le poids matériel et intellectuel de son travail, une autre anecdote demeure quant à l’œuvre ultime de saint Thomas. Selon une tradition spirituelle largement répandue, alors qu’il s’était assoupi pendant la rédaction de la Somme, il se vit se promener au bord de la mer. Il aperçut un enfant assis sur le sable, qui avait creusé un trou et tentait, à l’aide d’un coquillage, d’y faire entrer toute l’eau de la mer.
Intrigué, saint Thomas s’approcha et lui demanda ce qu’il faisait. L’enfant répondit :
« J’essaie de mettre toute l’eau de la mer dans ce trou. »
Thomas lui répondit en souriant que cela était impossible. Mais l’enfant répliqua :
« J’ai plus de chance de faire entrer toute l’eau de la mer dans ce trou que toi, avec ton intelligence, de comprendre entièrement le mystère de Dieu. »
Saint Thomas se réveilla alors et comprit qu’il s’agissait d’un ange envoyé par Dieu, sous les traits d’un enfant, afin de lui rappeler que, malgré l’ampleur de son œuvre, il ne devait ni devenir orgueilleux ni espérer comprendre Dieu dans son absolu. Suite à cela, selon la tradition, saint Thomas poursuivit l’écriture de la Somme théologique avec une humilité renouvelée, pesant chaque mot qu’il couchait sur le parchemin.
Saint Thomas d'Aquin, protecteur de l'Université de Cusco - par anonyme
La pensée de saint Thomas d’Aquin
Maintenant que nous connaissons un peu mieux notre saint, attachons-nous à découvrir sa pensée.
Pour saint Thomas, il existe un lien profond entre la philosophie d’Aristote (article à venir) et la théologie chrétienne. La raison humaine, loin d’être opposée à la foi, en est un précieux instrument.
Il existe ainsi deux voies d’accès à Dieu : la raison et la révélation. La raison permet à l’homme de connaître le monde, de réfléchir et de concevoir des idées. La révélation est la parole de Dieu, transmise dans la Bible, à laquelle l’homme adhère par la foi.
Il en découle deux types de théologie. La première est une théologie rationnelle, qui permet d’entrevoir Dieu à travers sa Création. L’ordre du monde, la cohérence des lois naturelles, la complexité du vivant et la possibilité même de la vie sur Terre interrogent la seule explication par le hasard.
De nombreux penseurs ont ainsi souligné l’extrême improbabilité de l’apparition de la vie par le seul hasard. Les conditions nécessaires à son émergence — lois physiques stables, constantes finement ajustées et complexité chimique — semblent réunies de manière exceptionnellement précise. Certains scientifiques et philosophes estiment que le nombre d’événements possibles depuis le commencement de l’univers est insuffisant pour que la vie apparaisse uniquement par une succession d’essais aléatoires. Autrement dit, le hasard seul paraît incapable d’expliquer pleinement l’ordre et la complexité du vivant. « citations de scientifique »
Cette constatation n’abolit pas les théories scientifiques, comme l’évolution, mais elle ouvre une question plus profonde : celle de l’existence d’une cause intelligente première. Pour saint Thomas d’Aquin, ce type de réflexion relève non pas d’une foi aveugle, mais de l’usage droit de la raison, qui reconnaît que l’ordre suppose une intelligence ordonnatrice.
Cette démarche s’inscrit dans ce que saint Thomas appelle les « cinq voies », cinq raisonnements philosophiques qui montrent que l’intelligence humaine peut, à partir de l’expérience du monde sensible — mouvement, causalité, contingence, degrés de perfection et ordre du monde — s’élever jusqu’à l’affirmation de l’existence de Dieu, sans toutefois prétendre en épuiser le mystère.
Vient ensuite la théologie révélée, qui est l’étude rationnelle de ce que Dieu dit de lui-même dans sa révélation, et que la raison humaine ne peut, à elle seule, démontrer.
Il ne peut donc exister de contradiction entre la foi et la raison. La révélation provient de Dieu, tout comme la raison humaine. Dieu ne pouvant se contredire lui-même, il n’existe aucune opposition entre la foi en Dieu et la raison humaine, qui est elle aussi une création de Dieu.
Détail d'un vitrail de l'église Saint-Patrick de Columbus, dans l'Ohio, représentant le Christ crucifié s'adressant à saint Thomas d'Aquin.